GENRE LITTERAIRE 4

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GENRE LITTERAIRE 4

Message  orecan27 le Mer 3 Déc - 22:53

ORATOIRE

Approche du genre : l'adjectif "oratoire" est issu du verbe latin orare (parler, prier). Il englobe les types de discours destinés à être prononcés devant un public. Le genre, très ancien (orateurs grecs et latins : Démosthène), s'est épanoui à l'âge classique (Bossuet, Massillon, Bourdaloue). La rhétorique antique a codifié ces types de discours en trois genres : le genre judiciaire est consacré à la défense d'une cause; le genre épidictique exprime un idéal collectif par l'éloge ou le blâme; le genre délibératif vise à conseiller les membres d'une assemblée en confrontant des arguments contradictoires.
Formes dominantes :
Types de texte : argumentatif, poétique, injonctif.
Le registre oratoire valorise la fonction impressive (injonctions, apostrophes, invocations, questions rhétoriques, dialogisme).
Forte modalisation de l'opinion (évaluatifs hyperboliques, emphase, images saisissantes).
Rythme de la phrase (période) ou du vers, entraînant l'auditoire par une adhésion plus sentimentale que rationnelle.
Œuvres caractéristiques : le discours peut être commandé par :
l'éloge : le registre laudatif marque ces productions vouées à la louange. Le dithyrambe est à l'origine un cantique sacré adressé à Dionysos (il est à l'origine de la tragédie grecque). Comme le panégyrique, il désigne aujourd'hui un hommage adressé à une personne (Desportes, Icare est chu...) ou une institution. L'oraison funèbre reprend les caractéristiques du genre, auxquelles elle adjoint une méditation métaphysique (J.B. Bossuet, Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre ; A. Malraux, Oraison funèbre de Jean Moulin). L'éloge paradoxal entreprend de louer les vertus de ce que l'opinion commune a tendance à condamner (J. du Bellay : Le Poète courtisan; Erasme : Éloge de la folie; Molière : Dom Juan).
le blâme : en concentrant toutes les formes oratoires, il englobe les types de productions que nous avons rangés dans le genre polémique.
l'exhortation : militaire (la harangue), ou religieuse (la prière, l'homélie, le sermon : J.B. Bossuet, Sermon sur la mort).
la requête : le plaidoyer et le réquisitoire (voyez la page qui leur est consacrée) appartiennent aux genres épidictique et judiciaire (on préfèrera alors le terme de plaidoirie à celui de plaidoyer).
Exemples :
voyez la Prière à Dieu de Voltaire ou les textes d'E. Zola et V. Hugo étudiés dans le cadre du plaidoyer et du réquisitoire.

POLÉMIQUE

Approche du genre : l'adjectif polémique est issu du grec polemos (guerre). Ce genre très ancien (satires de Juvénal) regroupe des textes engagés dans l'actualité, dont ils condamnent les errements moraux, religieux, politiques. L'écrivain du XX° siècle a particulièrement revendiqué ce rôle (Sartre : Qu'est-ce que la littérature ?), pour lequel les formes adaptées choisissent un genre court et mordant : article, lettre ouverte, chanson.
Formes dominantes :
Types de texte : argumentatif, poétique.
Le registre polémique se caractérise par une fonction expressive très marquée (violence du vocabulaire péjoratif). A celui-ci peuvent s'ajouter les registres ironique et/ou satirique (traits caricaturaux).
Soucieux de réalisme et de précision, le texte polémique peut néanmoins user d'un registre oratoire dans la volonté de persuader : rythmes de la phrase ou du vers exprimant la colère, images saisissantes.
Œuvres caractéristiques :
la satire raille violemment les mœurs (La Satire Ménippée ; M. Régnier, N. Boileau : Satires ; B. Pascal : Provinciales) ; l'épigramme lui ajoute son sens de la pointe.
libelle (Voltaire : Le sentiment des citoyens), factum, pasquin, pamphlet (P.L. Courier ; J. Gracq : La littérature à l'estomac), diatribe, philippique sont des termes très voisins : ils désignent des écrits violemment polémiques qui s'en prennent à des individus.
le poème prête souvent sa forme ramassée et ses effets lyriques ou épiques à la verve polémique (V. Hugo : Châtiments).
Exemple :
voyez la condamnation de l'esclavage dans l'extrait de la Contribution à l'histoire des deux Indes de l'abbé Raynal de Diderot.

ROMANESQUE

Approche du genre : à l'origine, on appelle roman un texte en prose ou en vers écrit en langue romane (Le roman de la Rose, Le Roman de Renart). Dès le XVI° siècle, il désigne un récit en prose d'aventures imaginaires. Le genre romanesque, après avoir été longtemps considéré comme inférieur parce qu'il était lu de préférence dans la classe bourgeoise, arrive à son apogée avec elle au XIX° siècle. Il est depuis lors un genre protéiforme, où se sont accomplies toutes les expériences.
Formes dominantes :
Types de discours : narratif, descriptif.
Le roman fait alterner le récit autour d'un certain point de vue (ou focalisation) et le discours (dialogues, interventions du narrateur).
Sa construction est généralement axée sur les perturbations subies par un état initial et les attentes qu'elles génèrent. Pour cela le narrateur choisit un type de narration capable d'entretenir le pacte de lecture (narrations antérieure, postérieure, simultanée).
Parmi un ensemble souvent important de personnages, l'un d'entre eux (sujet ou individu problématique) poursuit une quête d'ordre varié autour de laquelle se définissent des adjuvants et des opposants (Stendhal , Le Rouge et le Noir ; G. Flaubert, Madame Bovary).
Dès le XVII° siècle (Furetière, Le Roman bourgeois), le roman s'est accompagné d'une intention réaliste ou naturaliste qui a fait de lui l'instrument privilégié de l'étude des mœurs, dans les descriptions (Balzac, La Comédie humaine) comme dans le langage des personnages (E. Zola, L'Assommoir). Évoquant certaines impudeurs dont ce type de roman peut se rendre coupable, E.M. Cioran écrit : «Il a fait le trottoir de la littérature. Nul souci de décence ne l'embarrasse, point d'intimité qu'il ne viole. Avec une égale désinvolture, il fouille les poubelles et les consciences. Le romancier, dont l'art est fait d'auscultation et de commérages, transforme nos silences en potins.»
Textes théoriques :
H. de Balzac : préface de La Comédie humaine - G. de Maupassant : préface de Pierre et Jean - E. Zola : Le Roman expérimental - J. Prévost : Les problèmes du roman - L. Goldmann : Pour une sociologie du roman - G. Lukacs : Balzac et le réalisme français - E. Auerbach : Mimesis - G. Blin : Stendhal et les problèmes du roman - A. Robbe-Grillet : Pour un nouveau roman - G. Genette : Figures.
Œuvres caractéristiques :
voyez notre liste de romans, classés par genres.
le conte est une genre romanesque plus court, dont l'ancêtre est le fabliau médiéval : centré sur une péripétie, il prend souvent une dimension symbolique et morale (Marguerite de Navarre, L'Heptaméron ; Flaubert, Trois contes).
la nouvelle a la même brièveté mais reste préoccupée par les répercussions psychologiques d'un événement (P. Mérimée, G. de Nerval : Sylvie, G. de Maupassant, D. Boulanger). Cultivant l'ellipse et la concision, elle sollicite la participation du lecteur : litotes, fréquente chute finale, dépourvue de conclusion explicite (D. Buzzati : Les Journées perdues ; K. Taylor : Inconnu à cette adresse).
le roman a tôt sécrété sa contestation : l'antiroman (Diderot, Jacques le Fataliste ; A. Gide : Les Faux-monnayeurs) affecte de retirer ses privilèges au narrateur et laisse le lecteur trouver son ordre dans une narration déconstruite. Le Nouveau Roman (A. Robbe-Grillet, M. Butor, N. Sarraute, C. Simon) a procédé à une critique en règle du roman traditionnel et consacré "la mort du personnage".
Exemples :
voyez les extraits du Père Goriot d'H. de Balzac et du Voleur d'enfants de J. Supervielle, étudiés dans le cadre de la lecture méthodique des discours descriptif et narratif. Voyez encore nos pages sur le personnage de roman.

TRAGIQUE

Approche du genre : en dépit de l'usage banal que l'on fait de cet adjectif, son acception littéraire est exclusivement liée aux rapports que l'homme entretient avec le destin. Le mot "tragédie" est issu des mots grecs tragos (le bouc) et hedia (le chant). Ce "chant du bouc" est en fait la liturgie par laquelle on avait coutume de célébrer Dionysos. Ceci explique que la tragédie soit un genre sacré et n'ait guère d'autre expression que théâtrale. Au contraire du drame, la tragédie repose sur la conscience de la fatalité, contre laquelle se brisent inéluctablement les entreprises humaines. Devant ce conflit perdu d'avance, les sentiments cathartiques du public sont la terreur, la pitié et l'admiration.
Formes dominantes :
Type de texte : théâtral.
les sujets tragiques sont souvent extraordinaires et, volontiers empruntés à la mythologie ou à l'histoire ancienne, ils mettent en scène des personnages aristocratiques qui, pris au piège, révèlent la puissance et la noblesse de leur tempérament (cruauté, héroïsme, sacrifice).
la dramaturgie repose sur un état de crise, que les trois unités classiques condensent à l'extrême. L'action bannit la représentation de l'événement au profit de ses retentissements dans l'âme des personnages.
dans le registre tragique, le langage est noble; l'alexandrin lui prête souvent une solennité qui convient à l'expression de la plainte.
Textes théoriques :
J. Racine : préface de Bérénice - N. Boileau : Art poétique - F. Nietzsche : La Naissance de la Tragédie - Alain : Système des Beaux-Arts - L. Goldmann : Le dieu caché - J.M. Domenach : Le retour du tragique.
Œuvres caractéristiques :
la tragi-comédie (P. Corneille, Le Cid) est "une tragédie qui finit bien";
la tragédie religieuse (R. Garnier, Les Juives) est au XVI° siècle une préfiguration de la tragédie classique. Celle-ci s'épanouit au XVII° siècle (P. Corneille, Polyeucte ; J. Racine : Phèdre) avant de disparaître au siècle suivant malgré les efforts de Voltaire (Zaïre).
Exemple :
l'aveu de Phèdre (J. Racine, Phèdre, I, 4).
Mon mal vient de plus loin. A peine au fils d'Egée
Sous les lois de l'hymen je m'étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait s'être affermi,
Athènes me montra mon superbe ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler.
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables.
Par des vœux assidus je crus les détourner :
Je lui bâtis un temple, et pris soin de l'orner ;
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
D'un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main brûlait l'encens :
Quand ma bouche implorait le nom de la Déesse,
J'adorais Hippolyte ; et le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer,
J'offrais tout à ce Dieu que je n'osais nommer.
Je l'évitais partout. O comble de misère !
Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
Contre moi-même enfin j'osai me révolter :
J'excitai mon courage à le persécuter. Pour bannir l'ennemi dont j'étais idolâtre,
J'affectai les chagrins d'une injuste marâtre ;
Je pressai son exil, et mes cris éternels
L'arrachèrent du sein et des bras paternels.
Je respirais, Œnone , et depuis son absence,
Mes jours moins agités coulaient dans l'innocence.
Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
De son fatal hymen je cultivais les fruits.
Vaine précautions ! Cruelle destinée !
Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
J'ai revu l'ennemi que j'avais éloigné :
Ma blessure trop vive a aussitôt saigné,
Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C'est Vénus tout entière à sa proie attachée.
J'ai conçu pour mon crime une juste terreur ;
J'ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur.
Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire,
Et dérober au jour une flamme si noire :
Je n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats ;
Je t'ai tout avoué ; je ne m'en repens pas,
Pourvu que de ma mort respectant les approches,
Tu ne m'affliges plus par d'injustes reproches,
Et que tes vains secours cessent de rappeler
Un reste de chaleur tout prêt à s'exhaler.

AUTEUR BEL.ABDENACER

orecan27

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Date d'inscription : 01/12/2008

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